Rencontre avec une ancienne SDF (mars 2019)

Le 21 et 28 mars dernier, les élèves de 3D ont fait une rencontre particulière. Pendant deux heures, au fil d’une promenade dans le centre-ville de Prague, Zuzana leur a raconté des bribes de sa vie passée. Ancienne SDF, Zuzana a connu la drogue et la rue pendant presque vingt ans. Aujourd’hui guide pour l’association Pragulic, Zuzana décrit une autre facette de Prague, les tactiques des dealers et la fragilité des laissés-pour-compte. Arrivée à la rue à 15 ans en 1989, Zuzana raconte le basculement du régime politique, l’ouverture des frontières, l’afflux des drogues et l’absence de lois. C’est d’ailleurs le durcissement législatif progressif et les descentes de police qui la poussent à entamer une cure de désintoxication il y a quelques années de cela. Aujourd’hui sortie d’affaire, Zuzana témoigne dans des écoles et auprès de ceux qui viennent l’entendre. Cette rencontre a été organisée dans le cadre d’une thématique abordée en cours de français : préjugés et exclusion sociale. A lire ci-dessous quelques témoignages d’élèves.

 

 

„Avant cette rencontre, je ne prêtais pas tellement attention aux sans-abri. J’ai toujours essayé de les éviter parce qu’ils sentent mauvais et par exemple je ne voulais pas être infecté par une maladie. Mais j’ai toujours su qu’ils sont exactement les mêmes personnes que nous et que cela peut arriver à tout le monde. Mais après la rencontre, j’ai réalisé que nous pensons que les sans-abri sont des gens qui puent et ont des vêtements sales, mais ce n’est pas vrai. Madame Zuzana a dit que la plupart des sans-abri sont des gens habillés comme nous et qu’on ne les remarque pas. J’ai commencé à les remarquer plus et pas tellement pour les éviter comme avant.“

 

„Mon opinion sur les SDF n’a jamais été trop négative ni trop positive. Avant, je pensais que les SDF étaient des gens qui dépensent tout leur argent pour acheter de l’alcool. J’avais l’impression que les SDF ne travaillaient pas parce qu’ils sont paresseux et fâchés. Je croyais qu’ils étaient responsables de vivre dans la rue. Après la rencontre, mes préjugés ont disparu et mon opinion a vraiment changé. J’ai appris que 80% des SDF sont dans la rue à cause de malheurs. La vie dans la rue est très dure (violence, froid, peur, faim). Pour survivre, ils boivent de l’alcool pour oublier qu’ils sont dans la rue. Quand je vois un SDF maintenant, je réfléchis à ce que peut être son histoire et je pense à lui.“

 

„Zuzana a longtemps vécu dans la rue. Elle nous a dit beaucoup de nouvelles choses. Par exemple, avant je pensais que tous les SDF étaient dans la rue à cause de l’alcool ou des drogues et qu’ils étaient toujours habillés salement. Mais Zuzana nous a dit que les SDF sont aussi des veuves ou des personnes avec une entreprise en faillite, et parfois nous ne savons pas si quelqu’un est SDF parce qu’il est habillé normalement et qu’il dort chez des amis. Deuxièmement, je pensais que les SDF ne font rien pour sortir de la rue, mais Zuzana a dit que certains SDF voulaient travailler mais que personne ne veut d’eux parce qu’ils sont SDF. C’est vraiment difficile.“

 

„Avant cette promenade dans le centre de Prague avec Zuzana qui nous a décrit les difficultés de sa vie, j’avais quelques préjugés qui me paraissent maintenant faux. D’abord je pensais que c’était la faute du SDF dans la majorité des cas d’être dans la rue. Mais il y a des gens qui sont dans la rue à cause de problèmes familiaux ou professionnels. Un autre préjugé était que vraiment beaucoup de SDF sont dépendants aux drogues. J’étais conscience de ce fait là, mais je ne savais pas qu’il y a d’autres complications. A supposer que les SDF soient accros à la drogue, c’est plus compliqué d’avoir de l’argent pour acheter des médicaments qui aident avec le sevrage parce qu’ils sont plus chers que les drogues.“

 

„Madama Zuzana a ouvert mes yeux. Elle nous a expliqué comment ça fonctionne dans la rue. J’ai été surpris que la vie dans la rue soit tellement difficile. Maintenant, j’ai changé mon opinion. Quand je vois des SDF dans la rue, je ne pense pas qu’ils soient agressifs, mais plutôt que leur vie est très difficile. Il est peu probable qu’ils soient heureux.“

 

„Pendant l’excursion, je n’ai pas appris beaucoup de nouvelles choses parce que j’avais déjà vu une vidéo d’un ex-SDF qui travaille pour l’organisation. Mon opinion sur les SDF n’a pas changé parce que l’organisation nous montre la vie d’une minorité de SDF. La majorité, à mon avis, est instrusive et pas si gentille et agréable comme Zuzana. Mais j’ai trouvé son histoire et expérience personnelle intéressante, et c’est une bonne leçon, surtout pour les jeunes. Elle nous a appris le risque de la drogue, de l’alcool ou comment l’argent joue un rôle important dans notre société et que, sans travail fixe, nous sommes dépendants des autres. Donc je vais bien finir mes études et trouver un travail pour ne pas finir comme guide chez Pragulic.“

 

„Pendant la rencontre, j’ai vu une chose qui m’a vraiment choquée : un club qui s’appelle „Chapeau rouge“ qui propose d’acheter des drogues dures. Maintenant j’ai compris qu’il y avait deux facette de Prague, c’est-à-dire une facette plus „facile“ pour les gens qui ont un emploi stable, contrairement à l’autre facette qui est plus „difficile“ où il y a la population la plus démunie.“

 

„Ce que je trouve triste c’est que, si une personne qui vit dans un village perd son travail et ne peut plus payer son loyer, le village s’occupe d’elle. Mais les SDF souvent, pour ne pas être reconnus [parce qu’ils ont honte de leur situation], vont dans les grandes villes où il n’y a pas la possibilité de s’occuper d’eux tous. En plus, ils sont étrangers alors on a un peu peur d’eux. Je connais des SDF et je ne comprends pas pourquoi les gens se comportent avec eux avec autant de dégoût. Les SDF sont des êtres humains ! Chacun est différent. La seule chose qu’ils ont en commun c’est qu’ils n’ont pas de domicile fixe (et qu’ils boivent de l’alcool, mais ça c’est commun pour tous les Tchèques !)“

 

„Même si le visage de Zuzana est marqué par des années passées dans la rue, elle est gentille, franche et surtout très intelligente. Elle a une connaissance de tout ce qui se passe autour d’elle. Il ne faut pas sous-estimer les SDF. Ce qui est important et triste, c’est que beaucoup de gens se retrouvent à la rue à cause de leur famille, de la violence à la maison… Il faut se rendre compte qu’après c’est difficile de sortir de la rue. C’est difficile parce que les SDF sont souvent dépendants des drogues et, en plus, il y a des relations fortes parmi les gens vivant dans la rue. Après notre promenade, je vois que beaucoup de gens ignorent les SDF. Comme Zuzana l’a dit, on n’est pas obligé de toujours leur donner de l’argent. Il suffit parfois de parler un peu avec eux pour qu’ils puissent se sentir comme nous, des gens de plein droit. Par chance aujourd’hui, il y a des organisations qui aident les SDF. Il existe pendant l’hiver un bateau où les SDF peuvent dormir. Ou „Kuchařky bez domova“ qui permet de les faire participer à la société, d’avoir un travail, de rencontrer d’autres SDF. Ce qui est sûr, c’est que les personnes sans domicile fixe sont des gens comme les autres. Ils ont besoin de joie dans la vie. C’était touchant quand Zuzana a parlé des moments joyeux qu’elle a rencontrés dans la rue.“